Page:Michelet - Histoire de France - Lacroix 1880 tome 1.djvu/20

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une chose que l’on n’a point décrite et que nous devons révéler :

C’est que l’histoire, dans le progrès du temps, fait l’historien bien plus qu’elle n’est faite par lui. Mon livre m’a créé. C’est moi qui fus son œuvre. Ce fils a fait son père. S’il est sorti de moi d’abord, de mon orage (trouble encore) de jeunesse, il m’a rendu bien plus en force et en lumière, même en chaleur féconde, en puissance réelle de ressusciter le passé. Si nous nous ressemblons, c’est bien. Les traits qu’il a de moi sont en grande partie ceux que je lui devais, que j’ai tenus de lui.


Ma destinée m’a bien favorisé. J’ai eu deux choses assez rares, et qui ont fait cette œuvre.

D’abord la liberté, qui en a été l’âme.

Puis des devoirs utiles qui, en ralentissant, en retardant l’exécution, la firent plus réfléchie, plus forte, lui donnèrent la solidité, les robustes bases du temps.

J’étais libre par la solitude, la pauvreté et la simplicité de vie, libre par mon enseignement. Sous le ministère Martignac (un court moment de libéralité), on s’avisa de refaire l’École normale, et M. Letronne, que l’on consulta, me fit donner l’enseignement de la