Page:Michelet - Histoire de France - Lacroix 1880 tome 1.djvu/321

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la terre aux usages profanes pour en faire la dot des hommes pacifiques, des pauvres, des serfs. Les barbares donnèrent ce qu’ils avaient pris ; ils se trouvèrent avoir vaincu pour l’Église.

Les évêques du Midi, trop civilisés, rhéteurs et raisonneurs[1], agissent peu sur les hommes de la première race. Les anciens sièges métropolitains d’Arles, de Vienne, de Lyon même et de Bourges, perdent de leur influence. Les évêques par excellence, les vrais patriarches de la France, sont ceux de Reims et de Tours. Saint Martin de Tours est l’oracle des barbares, ce que Delphes était pour la Grèce, l’ombilicus terrarum, l’οῦθαρ ἄρουρης.

C’est saint Martin qui garantit les traités. Les rois le consultent à chaque instant sur leurs affaires, même sur leurs crimes. Chilpéric, poursuivant son malheureux fils Mérovée, dépose un papier sur le tombeau de saint Martin, pour savoir s’il lui est permis de tirer le suppliant de la basilique. Le papier resta blanc, dit Grégoire de Tours. Ces suppliants, pour la plupart, gens farouches, et non moins violents que ceux qui les poursuivent, embarrassent quelquefois terriblement l’évêque ; ils deviennent les tyrans de l’asile qui les protège. Il faut voir dans le livre du bon évêque de Tours l’histoire de cet Éberulf qui veut

  1. Saint Domnole, aimé de Clotaire pour avoir souvent caché ses espions du vivant de Childebert, allait en récompense être élevé au siège d’Avignon. Mais il supplie le roi « ne permiteret simplicitatem illius inter senatores sophisticos ac judices philosophicos fatigari. » Clotaire le fit évêque du Mans. Greg. Turon., l. VI, c. ix.}}