Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/262

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contraint de reconnaître pour son successeur cet heureux Henri Plantagenet, comte d’Anjou et fils de Mathilde, à qui nous avons vu tout à l’heure Éléonore de Guyenne remettre sa main et ses États.

Telle était la grandeur croissante du jeune Henri, lorsque le roi de France, humilié par la croisade, perdit Éléonore et tant de provinces. Cet enfant gâté de la fortune fut en quelques années accablé de ses dons. Roi d’Angleterre, maître de tout le littoral de la France, depuis la Flandre jusqu’aux Pyrénées, il exerça sur la Bretagne cette suzeraineté que les ducs de Normandie avaient toujours réclamée en vain. Il prit l’Anjou, le Maine et la Touraine à son frère, et le laissa en dédommagement se faire duc de Bretagne (1156). Il réduisit la Gascogne, il gouverna la Flandre, comme tuteur et gardien, en l’absence du comte. Il prit le Quercy au comte de Toulouse, et il aurait pris Toulouse elle-même, si le roi de France ne s’était jeté dans la ville pour la défendre (1159). Le Toulousain fut du moins obligé de lui faire hommage. Allié du roi d’Aragon, comte de Barcelone et de Provence, Henri voulait pour un de ses fils une princesse de Savoie, afin d’avoir un pied dans les Alpes, et de tourner la France par le midi. Au centre, il réduisit le Berri, le Limousin, l’Auvergne, il acheta la Marche[1]. Il eut même le secret de détacher les comtes de Champagne de l’alliance du roi. Enfin à sa mort il possédait les pays qui répondent à quarante-

  1. Il eut la Marche pour quinze mille marcs d’argent. Le comte partait pour Jérusalem et ne savait que faire de sa terre. (Gaufred Vosiens.)