Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/310

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chassé de l’Italie, c’est en France qu’il était venu chercher un asile. Aussi, quoique plus d’une fois il protégeât l’Angleterre quand la France la menaçait, c’est avec celle-ci qu’étaient ses relations les plus intimes, les moins interrompues. Le seul prince sur qui l’Église pût compter, c’était le roi de France, ennemi de l’Anglais, ennemi de l’Allemand. « Ton royaume, écrivait Innocent III à Philippe-Auguste, est si uni avec l’Église que l’un ne peut souffrir sans que l’autre souffre également. » Dans les temps mêmes où l’Église châtiait le roi de France, elle lui conservait une affection maternelle. Au temps de Philippe Ier, pendant que le roi et le royaume étaient frappés de l’interdit pour l’enlèvement de Bertrade, tous les évêques du Nord restèrent dans son parti, et le pape Pascal II lui-même ne se fit pas scrupule de le visiter.

En toute occasion, grande et petite, les évêques lui prêtaient leurs milices. Sur les terres mêmes du duc de Bourgogne, Louis VII se vit appuyé des milices de neuf diocèses contre Frédéric-Barberousse, dont on craignait une invasion. Louis VI fut de même soutenu à l’approche de l’empereur Henri V, et Philippe-Auguste à Bouvines. Comment le clergé n’eût-il pas défendu ces rois, élevés par ses mains, et recevant de lui une éducation toute cléricale ? Philippe Ier, couronné à sept ans, lut lui-même le serment qu’il devait prêter[1]. Louis VI fut élevé à l’abbaye de Saint-Denis, et Louis VII dans le cloître de Notre-Dame. Trois de ses frères furent

  1. App. 97.