Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/327

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avec les maisons de Béziers, Carcassonne, Albi et Nîmes. Aux Pyrénées, c’étaient des seigneurs pauvres et braves, singulièrement entreprenants, gens à vendre, espèces de condottieri que la fortune destinait aux plus grandes choses ; je parle des maisons de Foix, d’Albret et d’Armagnac. Les Armagnac prétendaient aussi au comté de Toulouse et l’attaquaient souvent. On sait le rôle qu’ils ont joué au quatorzième et au quinzième siècle ; histoire tragique, incestueuse, impie. Le Rouergue et l’Armagnac, placés en face l’un de l’autre, aux deux coins de l’Aquitaine, sont, comme on sait, avec Nîmes, la partie énergique, souvent atroce, du Midi. Armagnac, Comminges, Béziers, Toulouse, n’étaient jamais d’accord que pour faire la guerre aux Églises. Les interdits ne les troublaient guère. Le comte de Comminges gardait paisiblement trois épouses à la fois. Si nous en croyons les chroniqueurs ecclésiastiques, le comte de Toulouse, Raimond VI, avait un harem. Cette Judée de la France, comme on a appelé le Languedoc, ne rappelait pas l’autre seulement par ses bitumes et ses oliviers ; elle avait aussi Sodome et Gomorrhe, et il était à craindre que la vengeance des prêtres ne lui donnât sa mer Morte.

Que les croyances orientales aient pénétré dans ce pays, c’est ce qui ne surprendra pas. Toute doctrine y avait pris ; mais le manichéisme, la plus odieuse de toutes dans le monde chrétien, a fait oublier les autres. Il avait éclaté de bonne heure au moyen âge en Espagne. Rapporté, ce semble, en Languedoc de la