Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/472

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Enguerrand de Coucy, ayant fait pendre trois jeunes gens qui chassaient dans ses bois, le roi le fit prendre et juger ; tous les grands vassaux réclamèrent et appuyèrent la demande qu’il faisait du combat. Le roi dit : « Que aux fèz des povres, des églises, ne des personnes dont on doit avoir pitié, l’on ne devoit pas ainsi aler avant par gage de bataille, car l’on ne trouvèrent pas de legier (facilement) aucun qui se vousissent combatre pour teles manières de persones contre barons du royaume… »

« Quand les barons (dit-il à Jean de Bretagne), qui de vous tenoient tout nu à nu sanz autre moien, aportèrent devant nos lor compleinte de vos méesmes, et ils offroient à prouver lor entencion en certains cas par bataille contre vos ; ainçois respondistes devant nos, que vos ne deviez pas aler avant par bataille, mes par enquestes en tele besoigne ; et disiez encore que bataille n’est pas voie de droit[1]. » Jean Thourot, qui avait pris vivement la défense d’Enguerrand de Coucy, s’écria ironiquement : « Si j’avais été le roi, j’aurais fait pendre tous les barons ; car un premier pas fait, le second ne coûte plus rien. » Le roi qui entendit ce propos le rappela : « Comment, Jean, vous dites que je devrais faire pendre mes barons ? Certainement je ne les ferai pas pendre, mais je les châtierai s’ils méfont. »

Quelques gentilshommes qui avaient pour cousin

  1. Le Confesseur. — Entre autres peines que saint Louis infligea à Enguerrand, il lui ôta toute haute justice de bois et de viviers, et le droit de faire emprisonner ou mettre à mort.