Page:Michelet - OC, Histoire de France, t. 2.djvu/475

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ques, m’ont dit que je vous deisse que la crestienté se périt entre vos mains. » Le roi se seigna et dist : « Or me dites comment ce est ? » — « Sire, fist-il, c’est pour ce que on prise si peu les excommeniemens hui et le jour, que avant se lessent les gens mourir excommenies, que il se facent absodre, et ne veulent faire satisfaction à l’Esglise. Si vous requièrent, sire, pour Dieu et pour ce que faire le devez, que vous commandez à vos prévoz et à vos baillifs, que touz ceulz qui soufferront escommeniez an et jour, que on les contreingne par la prise de leurs biens a ce que il se facent absoudre. » — « A ce respondi le roys que il leur commanderait volontiers de touz ceulz dont on le feroit certein que il eussent tort… Et le roy dist que il ne le feroit autrement ; car ce seroit contre Dieu et contre raison, se il contreignoit, la gent à eulz absoudre, quant les clercs leur feroient tort[1]. »

La France, si longtemps dévouée au pouvoir ecclésiastique, prenait au treizième siècle un esprit plus libre. Ce royaume, allié du pape et guelfe contre les empereurs, devenait d’esprit gibelin. Il y eut toujours néanmoins une grande différence. Ce fut par les formes légales qu’elle poussa, cette opposition, qui n’en fut que plus redoutable. Dès le commencement du treizième siècle, les seigneurs avaient vivement soutenu Philippe-Auguste contre le pape et les évêques. En 1225, ils déclarent qu’ils laisseront leurs terres, ou prendront les armes si le roi ne remédie aux empiète-

  1. Joinville.