Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/164

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pensa s’évanouir, on la soutint[1] ; mais elle se remit bien vite, relevant sa tête hautaine, belle encore. Elle s’essayait dès lors à repousser la haine publique d’un regard ferme et méprisant… Triste effort qui n’embellit pas. Dans le solennel portrait que nous a laissé d’elle, en 1788, son peintre, Mme Lebrun, qui l’aimait, et qui a dû la parer de son affection même, on sent déjà pourtant quelque chose de répulsif, de dédaigneux, d’endurci[2].

Ainsi cette belle fête de paix, d’union, trahissait la guerre. On indiquait un jour à la France pour s’unir et s’embrasser dans une pensée commune, et l’on faisait en même temps ce qu’il fallait pour la diviser. Rien qu’à voir cette diversité de costumes imposée aux députés, on trouvait réalisé le mot dur de Sieyès : « Trois ordres ? Non, trois nations. »

La cour avait fait fouiller les vieux livres pour y retrouver le détail odieux d’un cérémonial gothique, ces oppositions de classes, ces signes de distinction et de haine sociale qu’il eût fallu plutôt enfouir. Des blasons, des figures, des symboles, après Voltaire, après Figaro ! c’était tard. À vrai dire, ce n’était pas tant la manie des vieilleries qui avait guidé la cour, mais bien le plaisir secret de mor-

  1. Campan, II, 37.
  2. Comparer les trois portraits de Versailles. Au premier (en satin blanc), coquette, douce encore ; elle sent qu’elle est aimée. Au deuxième (en velours rouge et fourrures), entourée de ses enfants ; sa fille s’appuie doucement sur elle, tout cela en vain, la sécheresse est incurable, le regard est fixe, terne, singulièrement ingrat (1787). Au troisième (en velours bleu, 1788), seule, un livre à la main, toute reine, mais triste et dure.