Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 2.djvu/300

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semblée nationale, qui recevait en même temps celui de la grande fédération de Rouen, où parurent les députes de soixante villes et d’un demi-million d’hommes.

Les trois Jacobins sont un prêtre, aumônier de la conciergerie, et deux chirurgiens. L’un d’eux a amené son frère, imprimeur du roi à Rouen. Ajoutez deux enfants, neveu et nièce de la dame, et deux femmes, peut-être de sa clientèle ou de sa maison. Tous les huit jurent dans les mains de cette Cornélie, qui, seule ensuite, fait serment.

Petite société, mais complète, ce semble. La dame (veuve d’un négociant ou armateur) représente les grandes fortunes commerciales. L’imprimeur, c’est l’industrie. Les chirurgiens, ce sont les capacités, les talents, l’expérience. Le prêtre, c’est la Révolution même ; il ne sera pas longtemps prêtre : c’est lui qui écrit l’acte, le copie, le notifie à l’Assemblée nationale. Il est l’agent de l’affaire, comme la dame en est le centre. Par lui, cette société est complète, quoiqu’on n’y voie pas le personnage qui est la cheville ouvrière de toute société semblable, l’avocat, le procureur. Prêtre du palais de justice, de la conciergerie, aumônier de prisonniers, confesseur de suppliciés, hier dépendant du Parlement, Jacobin aujourd’hui et se notifiant tel à l’Assemblée nationale, pour l’audace et l’activité, celui-ci vaut trois avocats.

Qu’une dame soit le centre de la petite société, il ne faut pas s’en étonner. Beaucoup de femmes entraient dans ces associations, des femmes fort