Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/113

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battaient le pavé, souffraient infiniment, non de leur misère seulement, mais de leur inaction. Ce peuple n’avait rien à faire, demandait quelque chose à faire ; il rôdait, sombre ouvrier, cherchant tout au moins quelque œuvre de ruine et de mort. Les spectacles qu’il avait sous les yeux n’étaient pas propres à le calmer. Aux Tuileries, on tenait exposé un simulacre de la cérémonie funèbre des morts du 10 août, qui toujours demandaient vengeance. La guillotine en permanence au Carrousel, c’était bien une distraction, les yeux étaient occupés, mais les mains restaient oisives. Elles s’étaient employées un moment à briser les statues des rois. Mais pourquoi briser des images ? Pourquoi pas les réalités ? Au lieu de punir des rois en peinture, n’aurait-on pas dû plutôt s’en prendre à celui qui était au Temple, à ses amis, aux aristocrates qui appelaient l’étranger ? « Nous allons combattre les ennemis à la frontière, disaient-ils, et nous les laissons ici ? »

L’attitude des royalistes était singulièrement provocante. On ne passait guère le long des murs des prisons sans les entendre chanter. Ceux de l’Abbaye insultaient les gens du quartier, à travers les grilles, avec des cris, des menaces, des signes outrageants. C’est ce qu’on lit dans l’enquête faite plus tard sur les massacres de septembre. Un jour, ceux de la Force essayèrent de mettre le feu à la prison, et il fallut appeler un renfort de garde nationale.

Riches pour la plupart et ménageant peu la dépense, les prisonniers passaient le temps en repas joyeux,