Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/162

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d’hommes remplissent surabondamment ce lieu très étroit, resserré de tous côtés.

Ce qui commençait à donner un caractère terrible au massacre, c’est que, par cela même que la scène était resserrée, les spectateurs mêlés à l’action, touchant presque le sang et les morts, étaient comme enveloppés du tourbillon magnétique qui emportait les massacreurs. Ils buvaient avec les bourreaux et le devenaient. L’effet horriblement fantastique de cette scène de nuit, ces cris, ces lumières sinistres, les avaient fascinés d’abord, fixés à la même place. Puis le vertige venait, la tête achevait de se prendre, les jambes et les bras suivaient ; ils se mettaient en mouvement, entraient dans cet affreux sabbat et faisaient comme les autres.

Dès qu’une fois ils avaient tué, ils ne se connaissaient plus et voulaient toujours tuer. Un même mot revenait sans cesse dans les bouches hébétées. « Aujourd’hui il faut en finir. » Et par là ils n’entendaient pas seulement tuer les aristocrates, mais en finir avec tout ce qu’il y avait de mauvais, purger Paris, n’y rien laisser au départ qui pût être dangereux, tuer les voleurs, les faux monnayeurs, les fabricateurs d’assignats, tuer les joueurs et les escrocs, tuer même les filles publiques… Où s’arrêterait le meurtre sur cette pente effroyable ? Comment borner cette fureur d’épuration absolue ? Qu’arriverait-il, et qui serait sûr de rester en vie, si, par-dessus l’ivresse de l’eau-de-vie et l’ivresse de la mort, une autre agissait encore, l’ivresse de la