Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/163

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justice, d’une fausse et barbare justice, qui ne mesurait plus rien, d’une justice à l’envers, qui punissait les simples délits par des crimes ?

Dans cette disposition d’esprit effroyable, beaucoup trouvèrent que l’Abbaye était un champ trop étroit ; ils coururent au Châtelet. Le Châtelet n’était point une prison politique ; il recevait des voleurs et des condamnés à la détention pour des fautes moins graves. Ces prisonniers, entendant dire la veille que les prisons seraient bientôt vidées, croyant trouver leur liberté dans la confusion publique, pensant qu’à l’approche de l’ennemi les royalistes pourraient bien leur ouvrir la porte, avaient, le 1er septembre, fait leurs préparatifs de départ ; plusieurs, le paquet sous le bras, se promenaient dans les cours. Ils sortirent, mais autrement. Une trombe effroyable arrive à sept heures du soir de l’Abbaye au Châtelet ; un massacre indistinct commence à coups de sabre, à coups de fusil. Nulle part ils ne furent plus impitoyables. Sur près de deux cents prisonniers, il n’y en eut guère plus de quarante épargnés. Ceux-ci obtinrent, dit-on, la vie en jurant qu’à la vérité ils avaient volé, mais qu’ils avaient toujours eu la délicatesse de ne voler que les voleurs, les riches et les aristocrates.

Le Châtelet était d’un côté du pont au Change ; la Conciergerie est de l’autre. Là se trouvaient entre autre autres prisonniers, huit officiers suisses. Au moment même, l’un d’eux, le major Bachmann, était jugé par le tribunal extraordinaire ; seul, de tous, il fut épargné, réservé pour l’échafaud. Le massacre