Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/264

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En eût-il été de même entre généraux de l’Ancien-Régime ? J’ai peine à le croire. Que de fois les rivalités, les intrigues des généraux courtisans, continuées sur le champ de bataille, ont amené nos défaites !

Non, le cœur avait grandi chez tous ; ils furent au-dessus d’eux-mêmes. Dumouriez ne fut plus l’homme douteux, le personnage équivoque ; il fut magnanime, désintéressé, héroïque ; il travailla pour le salut de la France et la gloire de son collègue ; il vint lui-même, plusieurs heures, dans ses lignes, partager avec lui le péril, l’encourager et l’aider. Et Kellermann ne fut point l’officier de cavalerie, le brave et médiocre général qu’il a été toute sa vie. Il fut un héros, ce jour-là, et à la hauteur du peuple ; car c’était le peuple, vraiment, à Valmy, bien plus que l’armée. Kellermann s’est souvenu toujours avec attendrissement et regret du jour où il fut un homme, non simplement un soldat, du jour où son cœur vulgaire fut un moment visité du génie de la France. Il a demandé que ce cœur pût reposer à Valmy.

Les Prussiens ignoraient si parfaitement à qui ils avaient affaire qu’ils crurent avoir pris Dumouriez, lui avoir coupé le chemin. Ils s’imaginèrent que cette armée de vagabonds, de tailleurs, de savetiers, comme disaient les émigrés, avait hâte d’aller se cacher dans Châlons, dans Reims. Ils furent un peu étonnés quand ils les virent audacieusement postés à ce moulin de Valmy. Ils supposèrent du moins que ces gens-là, qui, la plupart, n’avaient jamais entendu le canon,