Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/269

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


est arboré sur Bruxelles ; l’Angleterre et la Hollande le voient avec terreur flotter à la tour d’Anvers.

En deux mois, la Révolution avait, tout autour, inondé ses rivages ; elle montait, comme le Nil, salutaire et féconde, parmi les bénédictions des hommes.

Le plus merveilleux, dans cette conquête admirable, c’est que ce ne fut pas une conquête. Ce ne fut rien autre chose qu’un mutuel élan de fraternité. Deux frères, longtemps séparés, se retrouvent, s’embrassent ; voilà cette grande et simple histoire.

Belle victoire ! l’unique ! et qui ne s’est revue jamais ! Il n’y avait pas de vaincus !

La France ne donna qu’un coup, et la chaîne fut brisée. Elle frappa ce coup à Jemmapes. Elle le frappa avec l’autorité de la foi, en chantant son hymne sacré. Les soldats barbares frémirent dans leurs redoutes, sous trois étages de feux, lorsqu’ils virent venir un chœur de cinquante mille hommes qui marchaient à eux en chantant : « Allons, enfants de la Patrie !… »

Tous les peuples répétèrent : « Allons, enfants de la France !… » et se jetèrent dans nos bras.

C’était un spectacle étrange ! Nos chants faisaient tomber toutes les murailles des villes. Les Français arrivaient aux portes avec le drapeau tricolore, ils les trouvaient ouvertes et ne pouvaient pas passer ; tout le monde venait à la rencontre et les reconnaissait, sans les avoir jamais vus ; les hommes les embrassaient, les femmes les bénissaient, les