Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/292

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point ? Jamais un général habile, un rusé capitaine, tournant et retournant sous les murs d’une place où il voudrait entrer, n’employa moyens plus divers. Ces biens ne rapportaient rien ; c’étaient des biens maudits, on l’avait déjà vu par le sort de tel acquéreur. Jean, qui a acheté, n’a-t-il pas été grêlé tout d’abord, Jacques inondé ? Pierre, c’est encore pis, il est tombé du toit. Paul, c’est son enfant qui est mort. M. le curé l’a très bien dit : « Ainsi périrent les premiers-nés d’Égypte… »

Généralement le mari ne répondait rien, tournait le dos, faisait semblant de dormir. Il n’avait pas de quoi répondre à ce flot de paroles. La femme l’embarrassait par la vivacité du sentiment, par l’éloquence naïve et pathétique, au moins par les pleurs. Il ne répondait point ou ne répondait qu’un mot que nous dirons tout à l’heure. Il n’était nullement rendu cependant. Il ne lui était pas facile de devenir l’ennemi de la Révolution, sa bienfaitrice, sa mère, qui prenait son parti, jugeait pour lui, l’affranchissait, le faisait homme, le tirait du néant. N’y eût-il rien gagné, pouvait-il aisément ne pas se réjouir de l’affranchissement général ? Pouvait-il méconnaître ce triomphe de la Justice, fermer les yeux au spectacle sublime de cette création immense : tout un monde naissant à la vie ? — Il résistait donc en lui-même. « Non, disait-il en lui-même, non, tout est juste, quoi qu’ils disent ; et je ne serais pas l’homme qui y profite que je le croirais juste encore. »