Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/30

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


s’éleva contre lui, on lui mit la main au collet, on le traîna à la prison de la ville ; mais quelqu’un observa qu’il y serait tué sur l’heure. On essaya de le transférer à l’Abbaye.

Il y avait jusque-là, ce semble, hésitation parmi les chefs, incertitude sur les dispositions réelles du peuple, crainte et tâtonnement. Le tocsin leur avait paru d’abord si peu réussir qu’un moment ils eurent l’idée de le suspendre ; peut-être l’eussent-ils fait, s’ils l’eussent pu ; mais le contre-ordre eût été long à répandre dans Paris, et les cloches étaient lancées. Vers six heures, lorsque Mandat parut à l’Hôtel de Ville et fut arrêté, la Commune essaya de justifier cet acte. Elle envoya à l’Assemblée nationale accuser Mandat, assurer que, lui seul, avait fait sonner le tocsin, que c’était pour cette cause qu’on l’avait réprimandé. Un accident rompit ces ménagements politiques. Les violents ne permirent pas que Mandat parvînt vivant à l’Abbaye. À la sortie même de l’Hôtel de Ville, ils lui cassèrent la tête d’un coup de pistolet. La Commune, perdant ainsi son plus précieux otage, ne pouvait plus reculer ; elle fut, décidément et sans retour, jetée dans l’insurrection, et donna l’ordre de battre la générale.

Il était sept heures du matin, et déjà, de la Bastille jusqu’à l’église de Saint-Paul, dans cette partie ouverte et large de la rue Saint-Antoine, il y avait, nous l’avons dit, quatre-vingts ou cent divisions, chacune de cent hommes, armés de fusils, environ huit ou dix mille gardes nationaux. Leur empressement avait été