Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/33

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de Weber, avoue ce qu’ont dissimulé tous les autres historiens, à savoir que, selon le bruit public, le département et la municipalité devaient engager le roi à quitter seul les Tuileries et se placer seul dans l’Assemblée nationale.

Ce projet laissait à la royauté quelque chance de salut. La reine, il est vrai, restait en péril ; elle risquait moins d’être tuée peut-être que d’être prise et jugée (ce qu’elle craignait bien plus), d’avoir un procès scandaleux qui l’aurait mise, déshonorée, dégradée, au fond d’un couvent.

Rœderer, obligé d’emmener la reine avec le roi, insista du moins pour n’emmener personne de la cour. Mais la reine voulut être suivie de Mme de Lamballe et de Mme de Tourzel, gouvernante des enfants. Les autres dames restèrent terrifiées, inconsolables, d’être abandonnées.

« Lorsque nous fûmes au bas de l’escalier, dit Rœderer, le roi me dit : « Que vont devenir toutes les personnes qui sont restées là-haut ? — Sire, elles sont en habit de ville. Elles quitteront leur épée et vous suivront par le jardin. — C’est vrai, dit le roi… Mais pourtant il n’y a pas un grand monde au Carrousel. — Ah ! Sire, douze pièces de canon , un peuple immense qui arrive ! »

Ce dernier regret, ce petit mot de sensibilité, cette hésitation, ce fut tout ce que Louis XVI donna à ses défenseurs. Il se laissa entraîner et les abandonna à la mort.

Un officier suisse, d’Affry, a déclaré que la reine lui