Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/445

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divisés de tout temps, ils voulurent rester divisés. Ils suivirent donc leurs prêtres ; ceux-ci, par un mensonge hardi, écrivirent liberté sur le drapeau du privilège.

Mais quand la liberté entra vraiment avec l’armée française, ils changèrent de style. Le premier de leurs journalistes, le Jésuite Feller, l’un des héros de leur révolution, démentant tout à coup ses mensonges, enseigna, imprima, sur le serment que demandait la France : « Mille morts, plutôt que de prêter ce serment exécrable ! Égalité ! réprouvée de Dieu, contraire à l’autorité légitime qu’il a établie. Liberté ! autrement licence, libertinage, un monstre de désordre ! Souveraineté du peuple ! invention séduisante du prince des ténèbres ! » Ce credo des Jésuites, colporté par les prêtres, adopté à l’aveugle de toute femme et presque de tout homme, fut si bien reçu à Bruxelles et autour que, dès novembre, une pétition à la Convention pour le maintien des privilèges fut signée de trente mille personnes. Le sens était ceci : « Nous eûmes toujours l’inégalité ; nous la voulons toujours. »

Les élections furent dans ce sens. Les représentants provisoires de Bruxelles, à la vue d’un tel résultat, désespérèrent de leur pays : « Malheur à vous ! dirent-ils dans leur adresse. Malheur à ceux qui vous trompèrent ! Les cris de leurs arrière-petits-enfants maudiront un jour leur mémoire. »

Rien n’avait plus encouragé l’audace du parti rétrograde que la conduite douteuse de Dumouriez ;