Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/452

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millions de francs. Qu’on juge si ce corps était engagé à le soutenir, n’ayant de gage que sa parole, de sûreté que la continuation de son autorité en Belgique. Dumouriez en était déjà à traiter de haut avec la France ; il lui offrait l’aumône de deux ou trois millions, pourvu qu’on lui laissât le reste, pourvu qu’on respectât ses respectables créanciers, le clergé et la banque, la féodalité, tous les abus de la Belgique.

Avec tout son esprit, il ne connaissait nullement l’âpre génie de la Révolution. Il vint se briser contre. Il n’en savait pas le mystère moral et financier.

Quand Dumouriez partit pour la Belgique, il écrivit un mot qui séduisit à la grande entreprise Cambon et tout esprit sincèrement révolutionnaire : « Je me charge de faire passer vos assignats. »

Ce mot disait beaucoup. La révolution des idées était, en même temps et essentiellement, une révolution d’intérêts, une grande mutation de la propriété, dont l’assignat était le signe. Signe nullement vain, à cette époque, puisque l’on pouvait à l’instant échanger ce papier contre du bon bien très solide, que vendait la nation.

Quiconque recevait un assignat faisait acte de foi ; c’était comme s’il eût dit : « Je crois à la Révolution. » Et quiconque achetait du bien national disait en quelque sorte : « Je la crois durable, éternelle. »

La vieille religion de la terre, la dévotion sincère