Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/469

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


Révolution se mit à se moudre elle-même. On y mit un pauvre aliment d’abord, la tête d’un roi, qui n’arrêta pas un moment ; la roue alla se frottant et grinçant sur soi, broyant ses propres débris.

Cette fatale impulsion fut donnée avant la bataille de Jemmapes, avant les grandes lois révolutionnaires de la Convention, qui tranquillisèrent les peuples et leur garantirent pour toujours la victoire de l’égalité. Si la Révolution eût fait tout d’abord dans la voie sacrée ces pas sûrs et fermes, on ne l’aurait pas détournée aisément vers la dangereuse sottise de tuer un homme qui n’était plus roi, encore moins vers le crime impie d’employer la Convention à se tuer elle-même

La bataille fut gagnée le 6 novembre, et le 6 même eut lieu le premier rapport contre Louis XVI. Si elle eût été gagnée plus tôt, la pensée publique eût pris un tout autre cours. Ou le procès fût resté là ou il eût eu une issue moins sanglante. Ce fut avant la bataille, et très probablement dans les premiers jours d’octobre, que les sociétés jacobines des départements durent recevoir de Paris le mot d’ordre de la Montagne et de la Commune : « Nous sommes en minorité ; il faut agir et faire peur ; mettre la Gironde en demeure de se perdre en sauvant le roi, ou de s’avilir en le condamnant, contre son sentiment connu… Demandons la mort du roi. »

La colère nationale, terrible en juin 1791, terrible en août 1792, s’était alanguie. Le mépris était