Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/81

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Par un remarquable esprit de prévoyance, il signalait de loin le mal social, bien autrement profond, que couvrait l’agitation révolutionnaire ; aux premiers grondements souterrains, que personne n’entendait bien encore, ce pénétrant génie devinait, signalait le volcan. Chose étonnante ! dans ce discours prophétique, Danton s’occupe de Babeuf, le voit en esprit ; celui qui ne doit se montrer que quand tous les grands hommes de la Révolution seront couchés dans la terre, il le voit et le condamne, laissant à la société, pour se défendre un jour, l’autorité de son nom : « Toutes mes pensées, dit-il, n’ont eu pour objet que la liberté politique et individuelle, le maintien des lois, la tranquillité publique, l’unité des quatre-vingt-trois départements, la splendeur de l’État, la prospérité du peuple français, et non l’égalité impossible des biens, mais une égalité de droits et de bonheur. »

Au total, dans cette adresse, habilement violente, parmi la foudre et les éclairs du 10 août, Danton proclamait tout ce que la situation pouvait comporter de raison et de justice. Il constatait l’union des pouvoirs publics, la sienne même avec la Gironde ; il disait qu’il n’adressait aux tribunaux d’autres reproches que ceux que le ministre de l’intérieur, Roland, adressait aux corps administratifs. Il s’associait à la passion populaire, de manière à la calmer, demandait aux tribunaux la sévérité, qui seule, dans un tel moment, pouvait amener dans les cœurs une réaction de la clémence. L’adresse finissait par cette grave parole :