Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/82

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« Que la justice des tribunaux commence, la justice du peuple cessera. »

L’Assemblée parut un moment animée de cet esprit. Tout était sauvé, si elle prenait d’une main ferme, comme Danton le demandait, le drapeau de la Révolution, le portait devant le peuple. Elle frappa deux grands coups révolutionnaires : sur les nobles, la séquestration des biens des émigrés, qui entraient en armes en France ; sur les prêtres non assermentés, l’expulsion sous quinze jours. Cette dernière mesure ne semblait pas trop violente, quand on apprenait que la Vendée, que les Deux-Sèvres, incendiées de leurs prédications, venaient de prendre les armes. L’indignation monta à ce point que Vergniaud, l’homme humain entre tous, proposa de déporter les réfractaires à la Guyane.

Ces sévérités ne suffisaient pas à la Commune. Les supplices qui commencèrent ne la calmèrent même pas. Le tribunal extraordinaire, sans sursis et sans appel, créé le 18, jugea le 19 et le 20 ; le 21 au soir, un royaliste fut guillotiné sur la place du Carrousel. L’exécution aux flambeaux, devant la noire façade du palais, encore tachée du massacre, fut du plus sinistre effet. Le bourreau lui-même, tout habitué qu’il fût à de tels spectacles, n’y résista pas. Au moment où il tenait la tête du supplicié et la montrait au peuple du haut de l’échafaud, lui-même tomba à la renverse. On courut à lui, il était mort.

Cette scène terrible, l’exécution de Laporte, le