Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/83

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fidèle confident de Louis XVI, remuèrent profondément. Laporte avait été le principal agent des corruptions de la cour, il n’avait qu’une excuse, d’avoir obéi. Avec cela comme homme privé, il était estimé, aimé. Sa tête blanche ne tomba pas sans laisser quelque pitié. La Chronique de Paris, journal de Condorcet, essaya, à cette occasion, d’adoucir les cœurs.

Il semble que la Commune eût pu être assez contente du nouveau tribunal qu’elle avait demandé, créé, choisi. Il ne donnait guère moins d’une tête par jour. On gémissait pourtant de sa lenteur, et il crut devoir s’en justifier. Dans une précieuse brochure, les membres du tribunal expliquent l’énorme travail qu’ils se sont imposé pour obtenir d’aussi satisfaisants résultats. En conscience, disent-ils, on ne peut aller plus vite. La brochure est signée de noms qui, seuls, parlent assez haut, entre autres de Fouquier-Tinville.

Mais le juge le plus âpre n’était pas ce qu’on voulait ; on désirait un massacre. Le 23 au soir, une députation de la Commune, suivie d’une tourbe de peuple, vint, vers minuit, dans l’Assemblée nationale et dit ces paroles furieuses : « Que les prisonniers d’Orléans devaient être amenés pour subir leur supplice. » Ils ne disaient pas : pour être jugés, semblant considérer cette formalité comme absolument superflue. Ils ajoutaient cette menace : « Vous nous avez entendus et vous savez que l’insurrection est un devoir sacré. »