Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/86

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Puis des bannières de vengeance qui demandaient mort pour mort. Ensuite venait la Loi, colossale, armée de son glaive, et derrière, les juges, tous les tribunaux, en tête le tribunal du 17 août. Derrière ce tribunal marchait celle qui l’avait créé, la redoutable Commune, avec la statue de la Liberté. Enfin l’Assemblée nationale, portant les couronnes civiques pour honorer, consoler les morts. Les chants sévères de Chénier, la musique, âpre et terrible, de Gossec, la nuit qui venait et qui apportait son deuil, l’encens qui montait, comme pour porter au ciel la voix de la vengeance, tout remplit les cœurs d’une ivresse de mort ou de pressentiments sombres.

Ce fut bien pis le lendemain. Les deux statues de la Liberté, de la Loi, ces figures adorées du peuple, qui le dimanche étaient des dieux, furent dépouillées de leurs atours, tristement exposées aux regards dans les parties les moins honorables qu’avaient voilées les draperies, non sans quelques risées imprudentes des spectateurs royalistes. La foule devint furieuse, elle courut à l’Assemblée, demandant vengeance, soutenant que ce déshonneur était une conspiration ; que des ouvriers perfides avaient honteusement dénudé ses divinités, pour les livrer au mépris des aristocrates. Elle s’empara des statues, les habilla décemment, les traîna, en réparation, sur la place Louis XV et là leur rendit un culte plein de frénésie.