Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 4.djvu/99

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


fait, un fait local, celui du massacre ? Pourquoi ne pas se souvenir qu’elles sont dignes par l’héroïque élan d’un grand peuple, de tant de millions d’hommes, par mille faits touchants, sublimes, de rester dans la mémoire ?

Paris avait l’air d’une place forte. On se serait cru à Lille, à Strasbourg. Partout des consignes, des factionnaires, des précautions militaires, prématurées, à vrai dire ; l’ennemi était encore à cinquante ou soixante lieues. Ce qui était véritablement plus sérieux et touchant, c’était le sentiment de solidarité profonde, admirable, qui se révélait partout. Chacun s’adressait à tous, parlait, priait pour la patrie. Chacun se faisait recruteur, allait de maison en maison, offrait à celui qui pouvait partir des armes, un uniforme et ce qu’on avait. Tout le monde était orateur, prêchait, discourait, chantait des chants patriotiques. Qui n’était auteur en ce moment singulier, qui n’imprimait, qui n’affichait ? Qui n’était acteur dans ce grand spectacle ? Les scènes les plus naïves où tous figuraient se jouaient partout sur les places, sur les théâtres d’enrôlements, aux tribunes où l’on s’inscrivait ; tout autour, c’étaient des chants, des cris, des larmes d’enthousiasme ou d’adieu. Et par-dessus tous ces bruits, une grande voix sonnait dans les cœurs, voix muette, d’autant plus profonde… la voix même de la France, éloquente en tous ses symboles, pathétique dans le plus tragique de tous, le drapeau saint et terrible du Danger de la Patrie,