Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/261

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non déracinés, apparaissaient vêtus d’un incomparable velours vert, étoffe superbement feutrée de fines mousses moelleuses au tact, qui charmaient l’œil par leurs aspects changeants, leurs reflets, leurs lueurs. Mais la vie animale, où était-elle ? Notre oreille s’habitua à la reconnaître, à la deviner. Je ne parle pas du sifflet des mésanges, du rire étrange du pic, seigneur visible de l’endroit. Je pense à un autre peuple, auquel les oiseaux font la guerre. Un grand bourdonnement, assez fort pour couvrir le murmure d’un ruisseau, nous avertit que les guêpes hantaient la forêt. Déjà nous avions vu leur fort, d’où plus d’une nous fit la conduite, suspectant nos démarches et visiblement peu bienveillante. Aux endroits même moins fréquentés des guêpes, de légers bruissements, sourds, intérieurs, semblaient sortir des arbres. Étaient-ce leurs génies, leurs dryades ? Non, au contraire ; leurs ennemis mystérieux, le grand peuple des ténèbres, qui, suivant les veines du tronc et dans toute sa longueur, se fait, par la morsure, des voies et des canaux, d’innombrables galeries. Les scolytes (c’est leur nom) sont quelquefois dans un seul arbre près de cent mille. Le sapin malade arrive, sous leurs dents, à la longue, à l’état d’une fine guipure. Cependant l’écorce est intacte, et il offre le fantôme de la vie. Comment se défend l’arbre ? Quelquefois par sa sève, qui, forte encore, asphyxie l’ennemi. Plus souvent du dehors il lui vient un ami, un médecin, le pic, qui soigneusement l’ausculte, tâte et frappe de son fort marteau, et, d’un zèle persévérant, veille, poursuit la colonie rongeuse.