Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/262

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Ce combat intérieur des deux vies, végétale, animale, s’entendait-il réellement ? On n’en était pas sûr.. On croyait parfois se tromper. Dans ce silence qui n’était pas silence, je ne sais quoi nous disait pourtant que la morte forêt était vivante et comme prête à parler. Nous entrions pleins d’espérance, sûrs de trouver. A notre âme curieuse, nous sentions bien qu’une grande âme multiple allait répondre. Quoique assez fatigué et de la marche et d’une santé lors très chancelante, je me plaisais dans cette recherche, et sous ces pâles ombres. J’aimais à y voir devant moi une personne émue, tout éprise de ces grands mystères. Elle allait, la baguette en main, dans ce crépuscule fantastique, interrogeant la forêt sombre et comme cherchant le rameau d’or. J’eusse peut-être quitté la partie, et je m’étais assis dans une clairière, lorsqu’enfin un sondage plus heureux, dans un vieux tronc semblable aux autres, fit éclater un monde que rien n’aurait fait soupçonner. Au sommet de ce tronc, coupé à un pied de terre, on distinguait fort bien les travaux que les scolytes ou vers rongeurs, précédents habitants de l’arbre, avaient faits en se conformant au dessin concentrique de l’aubier. Mais tout cela était de l’histoire ancienne ; il s’agissait de bien autre chose. Ces misérables scolytes avaient péri, subi, comme leur arbre même, l’énergie d’une grande transformation chimique qui excluait toute vie. Hors une, la plus acre, vie brûlante et brûlée, ce semble, celle de ces êtres puissants sous forme infiniment petite, où l’on eût cru sans peine qu’une