Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/282

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Des guêpes, et par nuées, se livraient hardiment au pillage, dépeçant à belles dents nos meilleures pêches et nos plus beaux raisins.
« Nos pommiers, si productifs d’habitude, couverts de toiles filées par des chenilles, n’offraient plus qu’un feuillage jauni. En moins d’une année, ils étaient devenus vieillards.
« Je n’avais pas été en rapport avec ce monde. La vigilance de mon père, et plus encore le secours des petits oiseaux, nous en avaient gardés. Aussi, dans mon inexpérience, et le cœur navré d’une telle ruine, je maudis ceux qu’il ne fallait pas maudire, puisque tous les êtres sont de Dieu.
« Plus tard, mais bien plus tard, je compris les raisons de la Providence. L’homme absent, l’insecte doit prendre sa place pour que tout passe au grand creuset, se renouvelle ou se purifie.»
Voilà les terreurs, les répugnances instinctives de l’enfant. Mais nous sommes tous enfants, et le philosophe même, avec toute sa volonté de sympathie universelle, ne se défend pas de ces impressions. L’appareil d’armes bizarres qu’a le plus souvent l’insecte lui semble une menace à l’homme. Vivant dans un monde de combat, l’insecte avait grand besoin de naître armé de toutes pièces. Ceux des tropiques surtout sont souvent terribles à voir. Cependant une bonne partie de ces armes qui nous effrayent, pinces, tenailles, scies, broches, tarières, filières, laminoirs et dents dentelées, ce formidable arsenal avec lequel ils ont l’air de vieux guerriers allant en guerre, sont souvent, à bien regarder, les