Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/283

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pacifiques outils qui leur servent à gagner leur vie, les instruments de leur métier. L’artisan, ici, a tout avec lui. Il est à la fois l’ouvrier et la manufacture. Que serait-ce de nos ouvriers, s’ils marchaient toujours hérissés des aciers et des ferrailles dont ils se servent dans leurs travaux ? Ils nous sembleraient bizarres, monstrueux, nous feraient peur. L’insecte, nous le verrons plus tard, est guerrier par circonstance, par nécessité de défense ou d’appétit, mais généralement il est avant tout et surtout industriel. Pas une de ses espèces que l’on ne puisse classer par son art, et placer sous le drapeau d’une corporation de métiers. L’effort de cet art, ou, pour parler le langage de nos vieilles corporations même, le chef-d’œuvre de cet ouvrier par lequel il se prouve maître, c’est le berceau. Chez eux, la mère devant ordinairement mourir en donnant naissance à l’enfant, sa grande affaire est de créer un ingénieux abri qui garde, nourrisse l’orphelin et serve de mère. Une œuvre si difficile exige des instruments qui nous semblent inexplicables. Tel, que vous assimileriez aux poignards du Moyen-âge, aux armes subtiles et perfides des assassinats d’Italie, est au contraire un instrument d’amour et de maternité. Du reste, la Nature est si loin de partager nos préjugés, nos dégoûts, nos peurs enfantines, qu’elle semble soigner et protéger spécialement les espèces rongeuses qui contrarient l’économie de nos petites cultures, mais qui ailleurs l’aident utilement à maintenir l’équilibre des espèces et à combattre l’encombrement végétal de certains climats. Elle conserve