Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/284

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très précieusement les chenilles que nous détruisons. Elle a soin (pour celle du chêne) de lui vernisser ses œufs, afin que, sous la feuille sèche, battus des vents et des pluies, ils n’en bravent pas moins l’hiver. Les chenilles processionnaires s’en vont vêtues et gardées de leurs épaisses fourrures qui imposent à leurs ennemis, jusqu’à ce que, devenues phalènes, elles volent, heureuses et libres, sous la garde des ténèbres. Il se trouve, pour quelques-uns, que les précautions sont plus grandes encore. Agents sans doute essentiels de la transformation vitale, ils ont, par-dessus les autres, des garanties de durée qui leur assurent infailliblement une immortalité d’espèce. Les pucerons, par exemple, vivipares et ovipares tour à tour, naissent tout vivants l’été pour être plus vite à la besogne ; et sous forme d’œuf à l’automne, quand la feuille tombe et la sève s’endort, pour mieux résister au froid de l’hiver. Enfin, leur mère généreuse réserve à cette espèce aimée ce don inouï qu’une seule minute d’amour leur donnera, la fécondité pour quarante générations ! Des êtres ainsi privilégiés ont évidemment quelque chose à faire, une grande, importante mission qui les rend indispensables et fait d’eux une pièce essentielle de l’harmonie du monde. Nécessaires sont les soleils, mais aussi les moucherons. L’ordre est grand dans la Voie lactée, mais non pas moins dans la ruche. Qui sait si la vie des étoiles n’est pas moins essentielle ? J’en vois qui filent, et Dieu s’en passe. Pas un genre d’insectes ne manque à l’appel. Qu’une seule espèce de fourmis fît défaut, cela serait grave, et ferait une dangereuse lacune dans l’économie générale.