Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/288

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qui vivent de végétaux, sont nées toutes, mais pas encore les espèces meurtrières qui ont besoin de proie vivante ; force mouches, et point d’araignées. La mort n’a pas commencé, et il ne s’agit que d’amour. Toutes ces idées me venaient, mais point du tout agréables. Dans ce moment béni, sacré, où tous vivent en confiance, moi j’avais déjà tué ; l’homme seul rompait la paix de Dieu. Cette idée me fut amère. Que la victime fût petite ou grande, il importait peu ; la mort était toujours la mort. Et c’était sans occasion sérieuse, sans provocation, que j’avais brutalement troublé cette douce harmonie du printemps, gâté l’universelle idylle. En roulant toutes ces pensées, je regardais par moment de mon lit vers la fenêtre, j’observais si le bourdon ne remuerait pas encore un peu, si réellement il était mort. Mais rien malheureusement, une immobilité complète. Cela dura une demi-heure ou trois quarts d’heure environ. Puis, tout à coup, sans que le moindre mouvement préalable l’eût pu faire prévoir, je vois mon bourdon s’élever d’un vol sûr et fort, sans la moindre hésitation, comme si rien ne fût arrivé. Il passa dans le jardin, alors complètement réchauffé et plein de soleil. Ce fut pour moi, je l’avoue, un bonheur, un soulagement. Mais, lui, il ne s’en doutait pas. Je vis qu’il avait pensé, dans sa petite prudence, que, s’il trahissait par le moindre signe la vie qui lui revenait, son bourreau pourrait l’achever. Donc, il fit le mort à merveille, attendit qu’il eût bien repris la force et le souffle, que ses ailes, sèches et chaudes, fussent toutes