Page:Michelet - OC, La Montagne, L’Insecte.djvu/289

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prêtes à l’emporter. Et alors, d’une volée, il partit ans dire adieu.
C’est dans un voyage en Suisse, dans le pays des Haller, des Huber et des Bonnet, que nous commençâmes à étudier sérieusement, ne nous contentant plus des collections qui ne montrent que le dehors, mais décidés à pénétrer les organes intérieurs par le scalpel et le microscope. Alors aussi il nous fallut commettre nos premiers crimes. Je n’ai pas besoin de dire que cette préoccupation, cette émotion, plus dramatique qu’on ne le supposerait, fit tort à notre voyage. Ces lieux ravissants, sublimes, solennels, ne perdirent pas sans doute leur puissance sur nous. Mais la vie, la vie souffrante (et qu’il fallait faire souffrir) y faisait diversion. L’hymne ou l’épopée éternelle de ces infiniment grands combattait à peine le drame de nos infiniment petits. Une mouche nous dérobait les Alpes. L’agonie d’un coléoptère, qui fut dix jours à mourir, nous a voilé le mont Blanc ; l’anatomie d’une fourmi nous fit oublier la Jungfrau. N’importe, qui dira bien ce qui est grand, ce qui est petit ? Tout est grand, tout est important, tout est égal au sein de la nature et dans l’impartialité de l’amour universel. Et où est-il plus sensible que dans l’infini travail du petit monde organique sur lequel nous tenions les yeux ? Les relever vers ces monts, les abaisser sur ces insectes, c’était une et même chose. « Le 20 juillet, par une journée très chaude, mais