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LES VENDÉENNES EN 90 ET 91

Mais vous ne savez pas de quoi sera capable un peuple qui se voit enlever son culte, ses temples et ses autels. »

Il y a, dans cette lettre hardie, un remarquable aveu. C’est le va-tout du prêtre, on le voit, son dernier cri avant la guerre civile. Il n’hésite point à révéler la cause, intime et profonde, de son désespoir, à savoir, la douleur d’être séparé de celles qu’il dirige : « On ose rompre ces communications que l’Église non seulement permet, mais autorise », etc.

Ces prophètes de guerre civile étaient sûrs de leur fait, ils risquaient peu de se tromper, en prédisant ce qu’ils faisaient eux-mêmes. Les femmes de prêtres, gouvernantes de curés et autres, éclatèrent les premières, avec une violence plus que conjugale, contre les curés citoyens. À Saint-Servan, près Saint-Malo, il y eut comme une émeute de femmes. En Alsace, ce fut la servante d’un curé qui, la première, sonna le tocsin pour courir sus aux prêtres qui avaient prêté serment. Les Bretonnes ne sonnaient point, elles frappaient ; elles envahissaient l’église, armées de leurs balais, et battaient le prêtre à l’autel. Des coups plus sûrs étaient portés par les religieuses. Les Ursulines, dans leurs innocentes écoles de jeunes filles, arrangeaient la guerre des chouans. Les Filles de la sagesse, dont la maison mère était à Saint-Laurent, près Montaigu, allaient soufflant le feu ; ces bonnes sœurs infirmières, en soignant les malades, inoculaient la rage.

« Laissez-les faire, disaient les philosophes, les amis de la tolérance ; laissez-les pleurer et crier ;