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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

chanter leurs vieux cantiques. Quel mal à tout cela ?… » Oui, mais entrez le soir dans cette église de village, où le peuple se précipite en foule. Entendez-vous ces chants ? Ne frémissez-vous pas ?… les litanies, les hymnes, sur les vieilles paroles, deviennent par l’accent une autre Marseillaise. Et ce Dies iræ hurlé avec fureur, est-ce rien autre chose qu’une prière de meurtre, un appel aux feux éternels ?

« Laissez faire, disait-on, ils chantent, n’agissent pas. » Cependant on voyait déjà s’ébranler de grandes foules. En Alsace, huit mille paysans s’assemblèrent pour empêcher de mettre les scellés sur un bien ecclésiastique. Ces bonnes gens, à la vérité, disait-on, n’avaient d’armes que leur chapelet. Mais le soir ils en avaient d’autres, quand le curé constitutionnel, rentré chez lui, recevait des pierres dans ses vitres, et que parfois la balle perçait ses contrevents.

Ce n’était pas par de petits ressorts d’intrigues timidement ménagés, indirects, qu’on poussait les masses à la guerre civile. On employait hardiment les plus grossiers moyens pour leur brouiller l’esprit, les enivrer de fanatisme, on leur versait l’erreur et le meurtre à pleins bords. La bonne vierge Marie apparaissait, et voulait qu’on tuât. À Apt, à Avignon, elle se remua, fit des miracles, déclara qu’elle ne voulait plus rester dans les mains des constitutionnels, et les réfractaires l’enlevèrent, au prix d’un violent combat. Mais il y a trop de soleil en Provence ; la Vierge aimait bien mieux apparaître en Vendée, dans les brumes, les épais fourrés, les haies impénétrables. Elle profita des vieilles superstitions locales ; elle se