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Mme ROLAND

voies ouvertes alors, la sainte idée du bien public. Inspecteur des manufactures, il avait passé toute sa vie dans les travaux, les voyages, à rechercher les améliorations dont notre industrie était susceptible. Il avait publié plusieurs de ces voyages, et divers traités ou mémoires relatifs à certains métiers. Sa belle et courageuse femme, sans se rebuter de l’aridité des sujets, copiait, traduisait, compilait pour lui. L’Art du tourbier, l’Art du fabricant de laine rase et sèche, le Dictionnaire des manufactures, avaient occupé la belle main de Mme Roland, absorbé ses meilleures années, sans autre distraction que la naissance et l’allaitement du seul enfant qu’elle ait eu. Étroitement associée aux travaux, aux idées de son mari, elle avait pour lui une sorte de culte filial jusqu’à lui préparer souvent ses aliments elle-même ; une préparation toute spéciale était nécessaire, l’estomac du vieillard était délicat, fatigué par le travail.

Roland rédigeait lui-même, et n’employait nullement la plume de sa femme à cette époque ; ce fut plus tard, devenu ministre, au milieu d’embarras, de soins infinis, qu’il y eut recours. Elle n’avait aucune impatience d’écrire, et, si la Révolution ne fût venue la tirer de sa retraite, elle eût enterré ces dons inutiles, le talent, l’éloquence, aussi bien que la beauté.

Quand les politiques venaient, Madame Roland ne se mêlait pas d’elle-même aux discussions, elle continuait son ouvrage ou écrivait des lettres ; mais si, comme il arrivait, on en appelait à elle, elle parlait alors avec une vivacité, une propriété d’expressions, une force gracieuse et pénétrante, dont on était tout