Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/123

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
122
LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

immortelles où elle a raconté sa vie. Proscrit lui-même et poursuivi, fuyant sur la neige, sans abri que l’arbre chargé de givre, il sauvait ces feuilles sacrées ; elles le sauvèrent peut-être, lui gardant sur la poitrine la chaleur et la force du grand cœur qui les écrivit[1].

Les hommes qui souffrent à voir une vertu trop parfaite ont cherché inquiètement s’ils ne trouveraient pas quelque faiblesse en la vie de cette femme et, sans preuve, sans le moindre indice[2], ils ont imaginé qu’au fort du drame où elle devenait acteur, à son moment le plus viril, parmi les dangers, les horreurs (après Septembre apparemment ? ou la veille du naufrage qui emporta la Gironde ?), Mme Roland avait le temps, le cœur d’écouter les galanteries et de faire l’amour  La seule chose qui les embarrasse, c’est de trouver le nom de l’amant favorisé.

Encore une fois, il n’y a nul fait qui motive ces

  1. Ce fut lui aussi, l’honnête et digne Bosc, qui, au dernier moment, s’élevant au-dessus de lui-mème, pour accomplir en elle l’idéal suprême qu’il y avait toujours admiré, lui donna le noble conseil de ne point dérober sa mort aux regards, de ne point s’empoisonner, mais d’accepter l’échafaud, de mourir publiquement, d’honorer par son courage la République et l’humanité. Il la suit à l’immortalité, par ce conseil héroïque. Mme Roland y marche souriante, la main dans la main de son austère époux, et elle y mène avec elle ce jeune groupe d’aimables, d’irrévocable amis (sans parler de la Gironde), Bosc, Champagneux, Bancal des Issarts. Rien ne les séparera.
  2. Si vous cherchez ces indices, on vous renvoie à deux passages des Mémoires de Mme Roland, lesquels ne prouvent rien du tout. Elle parle des passions, « dont à peine, avec la vigueur d’un athlète, elle sauve l’âge mûr ». Que conclurez-vous de là ? Elle parle des « bonnes raisons » qui, vers le 31 mai, la poussaient au départ. Il est bien extraordinaire et absolument hardi d’induire que ces bonnes raisons ne peuvent être qu’un amour pour Barbaroux ou Buzot.