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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

montre encore au roi une dernière porte de salut. Il y a des paroles dures, de nobles et tendres aussi, celle-ci qui est sublime : « Non, la patrie n’est pas un mot c’est un être auquel on a fait des sacrifices, à qui l’on s’attache chaque jour par les sollicitudes qu’il cause, qu’on a crée par de grands efforts, qui s’élève au milieu des inquiétudes et qu’on aime autant par ce qu’il coûte que par ce qu’on espère… » Suivent de graves avertissements, de trop véridiques prophéties sur les chances terribles de la résistance, qui forcera la République de s’achever dans le sang.

Cette lettre eut le meilleur succès que pût espérer l’auteur. Elle le fit renvoyer.

Nous avons noté ailleurs les fautes du second ministère de Roland, l’hésitation pour rester à Paris ou le quitter à l’approche de l’invasion, la maladresse avec laquelle on fit attaquer Robespierre par un homme aussi léger que Louvet, la sévérité impolitique avec laquelle on repoussa les avances de Danton. Quant au reproche de n’avoir point accéléré la vente des biens nationaux, d’avoir hissé la France sans argent dans un tel péril, Roland fit de grands efforts pour ne pas le mériter ; mais les administrations girondines de départements restèrent sourdes aux injonctions, aux sommations les plus pressantes.

Dès septembre 92, M. et Mme Roland coururent les plus grands périls pour la vie et pour l’honneur. On n’osa user du poignard ; on employa les armes plus cruelles de la calomnie. En décembre 92, un intrigant, nommé Viard, alla trouver Chabot et Marat, se fit fort de leur faire saisir les fils d’un grand complot girondin ; Roland en était, et sa femme. Marat