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Mlle KÉRALIO

trouvâmes que la population pacifique des promeneurs du dimanche, rassemblée par groupes, en familles, et composée n grande majorité de femmes et d’enfants, au milieu desquels circulaient des marchands de coco, de pain d’épice et de gâteaux de Nanterre, qui avaient alors la vogue de la nouveauté. Il n’y avait dans cette foule personne qui fût armé, excepté quelques gardes nationaux parés de leur uniforme et de leur sabre ; mais la plupart accompagnaient leurs femmes et n’avaient rien de menaçant ni de suspect. La sécurité était si grande, que plusieurs de nos compagnies mirent leurs fusils en faisceaux, et que, poussés par la curiosité, quelques-uns d’entre nous allèrent jusqu’au milieu du Champ de Mars. Interrogés à leur retour, ils dirent qu’il n’y avait rien de nouveau, sinon qu’on signait une pétition sur les marches de l’autel de la Patrie.

« Cet autel était une immense construction, haute de cent pieds ; elle s’appuyait sur quatre massifs qui occupaient les angles de son vaste quadrilatère et qui supportaient des trépieds de grandeur colossale. Ces massifs étaient liés entre eux par des escaliers dont la largeur était telle, qu’un bataillon entier pouvait monter de front chacun d’eux. De la plate-forme sur laquelle ils conduisaient, s’élevait pyramidalement, par une multitude de degrés, un terre-plein que couronnait l’autel de la Patrie, ombragée d’un palmier.

« Les marches pratiquées sur les quatre faces, depuis la base jusqu’au sommet, avaient offert des sièges à la foule fatiguée par une longue promenade et par la chaleur du soleil de juillet. Aussi, quand nous