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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

« Je trouvais cette conduite bien inconséquente de la part de gens qui se cachaient. Le personnage qu’ils avaient fait monter les entretint avec chaleur des événements de la veille, se vanta d’avoir passé son sabre au travers du corps d’un garde national ; il parlait très haut, dans la pièce voisine d’une grande antichambre commune avec un autre appartement que le mien. J’appelai Mme Robert : « Je vous ai accueillie, Madame, avec l’intérêt de la justice et de l’humanité pour d’honnêtes gens en danger ; mais je ne puis donner asile à toutes vos connaissances : vous vous exposez à entretenir, comme vous le faites dans une maison telle que celle-ci, quelqu’un d’aussi peu discret ; je reçois habituellement des députés, qui risqueraient d’être compromis, si on les voyait entrer ici au moment où s’y trouve une personne qui se glorifie d’avoir commis hier des voies de fait ; je vous prie de l’inviter à se retirer. » Mme Robert appela son mari, je réitérai mes observations avec un accent plus élevé, parce que le personnage, plus épais, me semblait avoir besoin d’une impression forte ; on congédia l’homme. J’appris qu’il s’appelait Vachard, qu’il était président d’une société dite des Indigents : on célébra beaucoup ses excellentes qualités et son ardent patriotisme. Je gémis en moi-même du prix qu’il fallait attacher au patriotisme d’un individu qui avait toute l’encolure de ce qu’on appelle une mauvaise tête, et que j’aurais pris pour un mauvais sujet. J’ai su depuis que c’était un colporteur de la feuille de Marat, qui ne savait pas lire, et qui est aujourd’hui administrateur du département de Paris, où il figure très bien avec ses pareils.