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MORT DE CHARLOTTE CORDAY

a pas qui ne soit frappée au coin des répliques qu’on lit dans les dialogues serrés de Corneille.

« Qui vous inspira tant de haine ? — Je n’avais pas besoin de la haine des autres, j’avais assez de la mienne.

« Cet acte a dû vous être suggéré ? – On exécute mal ce qu’on n’a pas conçu soi-même.

« Que haïssiez-vous en lui ? — Ses crimes.

« Qu’entendez-vous par là ? — Les ravages de la France.

« Qu’espériez-vous en le tuant ? — Rendre la paix à mon pays.

« Croyez-vous donc avoir tué tous les Marat ? — Celui-là mort, les autres auront peur, peut-être.

« Depuis quand aviez-vous formé ce dessein ? – Depuis le 31 mai, où l’on arrêta ici les représentants du peuple. »

Le président après une déposition qui la charge :

« Que répondez-vous à cela ? – Rien, sinon que j’ai réussi. »

Sa véracité ne se démentit qu’en un point. Elle soutint qu’à la revue de Caen il y avait trente mille hommes. Elle voulait faire peur à Paris.

Plusieurs réponses montrèrent que ce cœur si résolu n’était pourtant nullement étranger à la nature. Elle ne put entendre jusqu’au bout la déposition que la femme de Marat faisait à travers les sanglots ; elle se hâta de dire « Oui, c’est moi qui l’ai tué. »

Elle eut aussi un mouvement quand on lui montra le couteau. Elle détourna la vue, et, l’éloignant de