Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/189

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.



XIX

LE PALAIS-ROYAL EN 93. — LES SALONS
COMMENT S’ÉNERVA LA GIRONDE


Les émotions trop vives, les violentes alternatives, les chutes et rechutes n’avaient pas seulement brisé le nerf moral ; elles avaient émoussé, ce semble, chez beaucoup d’hommes le sentiment qui survit à tous les autres, celui de la vie ; on l’eût cru très fort dans ces hommes qui se ruaient au plaisir si aveuglément, c’était souvent le contraire. Beaucoup, ennuyés, dégoûtés, très peu curieux de vivre, prenaient le plaisir pour suicide. On avait pu l’observer dès le commencement de la Révolution. À mesure qu’un parti politique faiblissait, devenait malade, tournait à la mort, les hommes qui l’avaient composé ne songeaient plus qu’à jouir : on l’avait vu pour Mirabeau, Chapelier, Talleyrand, Clermont-Tonnerre, pour le club de 89, réuni chez le premier restaurateur du Palais-Royal, à côté des jeux ; la brillante coterie ne fut plus qu’une compagnie de joueurs. Le centre