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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

jeune cœur l’amour vague avant l’amant. Souffle immense, en 89, et tout cœur palpite… Puis 90, la Fédération, la fraternité, les larmes. En 91, la crise, le débat, la discussion passionnée. – Mais partout les femmes, partout la passion individuelle dans la passion publique ; le drame privé, le drame social, vont se mêlant, s’enchevêtrant ; les deux fils se tissent ensemble ; hélas, bien souvent, tout à l’heure, ensemble ils seront tranchés !

Une légende anglaise circulait, qui avait donné à nos Françaises une grande émulation. Mistress Macaulay, l’éminent historien des Stuarts, avait inspiré au vieux ministre Williams tant d’admiration pour son génie et sa vertu que, dans une église même, il avait consacré sa statue de marbre comme déesse de la Liberté.

Peu de femmes de lettres alors qui ne rêvent d’être la Macaulay de la France. La déesse inspiratrice se retrouve dans chaque salon. Elles dictent, corrigent, refont les discours qui, le lendemain, seront prononcés aux clubs, à l’Assemblée nationale. Elles les suivent, ces discours, vont les entendre aux tribunes ; elles siègent, juges passionnées, elles soutiennent de leur présence l’orateur faible ou timide. Qu’il se relève et regarde… N’est-ce pas là le fin sourire de Mme de Genlis, entre ses séduisantes filles, la princesse et Paméla ? Et cet œil noir, ardent de vie, n’est-ce pas Mme de Staël ? Comment faiblirait l’éloquence ?… Et le courage manquera-t-il devant Mme Roland ?