Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/210

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
208
LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

La Raison fut représentée à Saint-Sulpice par la femme d’un des premiers magistrats de Paris, à Notre-Dame par une artiste illustre, aimée et estimée, Mlle Maillard. On sait combien ces premiers sujets sont obligés (par leur art même) à une vie laborieuse et sérieuse. Ce don divin leur est vendu au prix d’une grande abstinence de la plupart des plaisirs. Le jour où le monde plus sage rendra le sacerdoce aux femmes, comme elles l’eurent dans l’Antiquité, qui s’étonnerait de voir marcher à la tête des pompes nationales la bonne, la charitable, la sainte Garcia Viardot ?

Trois jours encore avant la fête, on voulait que le symbole qui représenterait la Raison fût une statue. On objecta qu’un simulacre fixe pourrait rappeler la Vierge et créer une autre idolâtrie. On préféra un simulacre mobile, animé et vivant, qui, changé à chaque fête, ne pourrait devenir un objet de superstition.

C’était le moment où Chaumette, le célèbre procureur de la Commune, se mettant en opposition avec son collègue Hébert, avait demandé que la tyrannie fantasque des petits comités révolutionnaires fût surveillée, limitée par l’inspection du conseil général. Sous cette bannière de modération et de justice indulgente s’inaugura, le 10 novembre, la nouvelle religion. Gossec avait fait les chants, Chénier les paroles. On avait tant bien que mal, en deux jours, bâti dans le chœur fort étroit de notre Notre-Dame un temple de la Philosophie, qu’ornaient les effigies des sages, des pères de la Révolution. Une montagne portait ce temple ; sur un rocher brûlait