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ROBESPIERRE CHEZ Mme DUPLAY

blaser, ne crût l’avoir assez payé, et n’arrêtât son regard sur quelque autre favori.

La parole de Robespierre ne pouvait changer, il n’avait qu’un style ; son théâtre pouvait changer et sa mise en scène. Il fallait une machine. Robespierre ne la chercha pas ; elle vint à lui, en quelque sorte. Il l’accepta, la saisit, et regarda, sans nul doute, comme une chose heureuse et providentielle de loger chez un menuisier.

La mise en scène est pour beaucoup dans la vie révolutionnaire. Marat, d’instinct, l’avait senti. Il eût pu, très commodément, rester dans son premier asile, le grenier du boucher Legendre ; il préféra les ténèbres de la cave des Cordeliers ; cette retraite souterraine d’où ses brûlantes paroles faisaient chaque matin éruption, comme d’un volcan inconnu, charmait son imagination ; elle devait saisir celle du peuple. Marat, fort imitateur, savait parfaitement qu’en 88 le Marat belge, le jésuite Feller, avait tiré grand parti pour sa popularité d’avoir élu domicile, à cent pieds sous terre, tout au fond d’un puits de houille.

Robespierre n’eût pas imité Feller ni Marat, mais il saisit volontiers l’occasion d’imiter Rousseau, de réaliser en pratique le livre qu’il imitait sans cesse en parole, de copier l’Émile d’aussi près qu’il le pourrait.

Il était malade, rue Saint-Florentin, vers la fin de 91, malade de ses fatigues, malade d’une inaction nouvelle pour lui, malade aussi de sa sœur, lorsque Mme Duplay vint faire à Charlotte une scène épouvantable pour ne pas l’avoir avertie de la maladie de