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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

ment, par ses efforts et son travail, à l’état de petite bourgeoisie. La transition était visible. Le père, bonhomme ardent et rude, la mère, d’une volonté forte et violente, tous deux pleins d’énergie, de cordialité, étaient bien des gens du peuple. La plus jeune des quatre filles en avait la verve et l’élan ; les autres s’en écartaient déjà, l’aînée surtout, que les patriotes appelaient avec une galanterie respectueuse Mlle Cornélia. Celle-ci, décidément, était une demoiselle ; elle aussi sentait Racine, lorsque Robespierre faisait quelquefois la lecture en famille. Elle avait à toute chose une grâce de fierté austère, au ménage comme au clavecin ; qu’elle aidât sa mère au hangar, pour laver ou pour préparer le repas de la famille, c’était toujours Cornélia.

Robespierre passa là une année, loin de la tribune écrivain et journaliste, préparant tout le jour les articles et les discours qu’il devait le soir débiter aux Jacobins ; une année, la seule, en réalité qu’il ait vécu en ce monde.

Mme Duplay trouvait très doux de le tenir là, l’entourait d’une garde inquiète. On peut en juger par la vivacité avec laquelle elle dit au Comité du 10 août, qui cherchait chez elle un lieu sûr « Allez-vous-en : vous allez compromettre Robespierre. »

C’était l’enfant de la maison, le dieu. Tous s’étaient donnés à lui. Le fils lui servait de secrétaire, copiait, recopiait ses discours tant raturés. Le père Duplay, le neveu, l’écoutaient insatiablement, dévoraient toutes ses paroles. Mlles Duplay le voyaient comme un frère la plus jeune, vive et charmante, ne perdait pas une occasion de décider le pâle orateur. Avec une