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ROBESPIERRE CHEZ Mme DUPLAY

telle hospitalité, nulle maison n’eût été triste. La petite cour, avivée par la famille et les ouvriers, ne manquait pas de mouvement. Robespierre de sa mansarde, de la table de sapin où il écrivait, s’il levait les yeux entre deux périodes, voyait aller et venir, de la maison au hangar, du hangar à la maison, Mlle Cornélia ou telle de ses aimables sœurs. Combien dut-il être fortifié dans sa pensée démocratique par une si douce image de la vie du peuple ! Le peuple, moins la vulgarité, moins la misère et les vices, compagnons de la misère ! Cette vie, à la fois populaire et noble, où les soins domestiques se rehaussent de la distinction morale de ceux qui s’y livrent ! La beauté que prend le ménage, même en ses côtés les plus humbles, l’excellence du repas préparé par la main aimée !… qui n’a senti toutes ces choses ? Et nous ne doutons pas que l’infortuné Robespierre, dans la vie sèche, sombre, artificielle, que les circonstances lui avaient faite depuis sa naissance, n’ait pourtant senti ce moment du charme de la nature, joui de ce doux rayon.

Il reste bien entendu qu’avec une telle famille un dédommagement était difficile. Un Jacobin dissident fit un jour à Robespierre le reproche « d’exploiter la maison Duplay, de se faire nourrir par eux, comme Orgon nourrit Tartuffe », reproche bas et grossier d’un homme indigne de sentir la fraternité de l’époque et le bonheur de l’amitié.

Ce qui est certain, c’est que Robespierre n’entra chez Mlle Duplay qu’à la condition de payer pension. Sa délicatesse le voulait ainsi. On ne le contredit pas, on le laissa dire. Peut-être même fallut-il, pour le