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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

cence du fanatisme, après la Terreur, était facile à prévoir. Mais qui en profiterait ?

Au château de la duchesse de Bourbon prêchait un adepte, le chartreux dom Gerle, collègue de Robespierre à la Constituante, celui qui étonna l’Assemblée en demandant, comme chose simple, qu’elle déclarât le catholicisme religion d’État. Dom Gerle, à la même époque, voulait aussi que l’Assemblée proclamât la vérité des prophéties d’une folle, la jeune Suzanne Labrousse. Dom Gerle était toujours lié avec son ancien collègue : il allait souvent le voir, l’honorait comme son patron et, sans doute pour lui plaire, demeurait aussi chez un menuisier. Il avait obtenu de lui un certificat de civisme.

Bon républicain, le chartreux n’en était pas moins un prophète. Dans un grenier du pays latin, l’esprit lui était soufflé par une vieille femme idiote, qu’on appelait la Mère de Dieu. Catherine Théot (c’était son nom) était assistée dans ses mystères de deux jeunes et charmantes femmes, brune et blonde, qu’on appelait la Chanteuse et la Colombe. Elles achalandaient le grenier. Des royalistes y allaient, des magnétiseurs, des simples, des fripons, des sots. Jusqu’à quel point un homme aussi grave que Robespierre pouvait-il être mêlé à ces momeries ? on l’ignore. Seulement on savait que la vieille avait trois fauteuils, blanc, rouge et bleu ; elle siégeait sur le premier, son fils dom Gerle sur le second à gauche ; pour qui était l’autre, le fauteuil d’honneur, à la droite de la Mère de Dieu ? n’était-ce pas pour un fils aîné, le Sauveur qui devait venir ?

Quelque ridicule que la chose pût être en elle-même,