Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/25

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
24
LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

Les Halles marchent, et, d’autre part, marchait le faubourg Saint-Antoine. Sur la route, les femmes entraînaient toutes celles qu’elles pouvaient rencontrer, menaçant celles qui ne viendraient pas de leur couper les cheveux. D’abord, elles vont à la Ville. On venait d’y amener un boulanger qui, sur un pain de deux livres, donnait sept onces de moins. La lanterne était descendue. Quoique l’homme fût coupable, de son propre aveu, la garde nationale le fit échapper. Elle présenta la baïonnette aux quatre ou cinq cents femmes déjà rassemblées. D’autre part, au fond de la place, se tenait la cavalerie de la garde nationale. Les femmes ne s’étonnèrent point. Elles chargèrent la cavalerie, l’infanterie, à coups de pierres ; on ne put se décider à tirer sur elles ; elles forcèrent l’Hôtel de Ville, entrèrent dans tous les bureaux. Beaucoup étaient assez bien mises, elles avaient pris une robe blanche pour ce grand jour. Elles demandaient, curieusement, à quoi servait chaque salle, et priaient les représentants des districts de bien recevoir celles qu’elles avaient amenées de force, dont plusieurs étaient enceintes, et malades peut-être de peur. D’autres femmes, affamées, sauvages, criaient : Du pain et des armes !. Les hommes étaient des lâches, elles voulaient leur montrer ce que c’était que le courage… Tous les gens de l’Hôtel de Ville étaient bons à pendre, il fallait brûler les écritures, leurs paperasses… Et elles allaient le faire, brûler le bâtiment peut-être… Un homme les arrêta, un homme de taille très haute, en habit noir, d’une figure sérieuse et plus triste que l’habit. Elles voulaient le tuer d’abord, croyant qu’il était de la Ville, disant qu’il était un traître… Il