Page:Michelet - OC, Les Femmes de la Révolution, Les Soldats de la Révolution.djvu/304

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
302
LES SOLDATS DE LA RÉVOLUTION

Cervantès, donner à nos soldats novices l’audace qu’ils portèrent bientôt dans la foudroyante armée d’Italie.

Qui dira sa patience, sa bonté, son indulgence pour ces jeunes paysans du Midi, qui étaient alors si loin d’être des soldats ? Ils étaient toute sa famille, ses enfants. Il n’en eut pas d’autres. Le bon capitaine aimait tellement ses grenadiers, que plus d’une fois, ayant un congé, déjà parti, à vingt lieues, il s’ennuyait d’être loin d’eux, et revenait sur ses pas.

Le soir, après le combat, il s’asseyait au milieu d’eux, et, pendant un repas d’une sobriété plus qu’espagnole, il les charmait de ses entretiens, leur contait les vieilles guerres, leur parlait de la France.

Jamais homme ne fut plus aimé. A sa mort, rien ne put décider l’armée à se séparer de lui. Elle emporta le cœur de La Tour d’Auvergne dans ses marches immenses à travers l’Europe et dans toutes les batailles. Jusqu’en 1814, ce cœur, dans une urne d’argent, fut toujours porté, avec le drapeau, à la tête de la 46e demi-brigade.