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LA TOUR D’AUVERGNE

avait déporté en Égypte la victorieuse armée d’Italie, sans avoir sur mer aucune force sérieuse pour la soutenir ou la ramener. Une grande partie des généraux de la République avaient déjà disparu. La Tour d’Auvergne, devenu un vieillard, fort affaibli de la poitrine, alla se mettre aux ordres de Masséna, et fit sous lui cette rude campagne de Suisse, qui sauva la France par la bataille de Zurich.

Là il eut une bonne fortune. Les Russes, ayant repris Zurich, s’y faisaient écraser sans vouloir se rendre ; nos soldats, irrités de leurs injures et de leurs défis, allaient les massacrer tous ; La Tour d’Auvergne les arrêta ; cette générosité inattendue calma la fureur des Russes ; ils se résignèrent à accepter la vie.

Bonaparte revient d’Égypte. La République est enterrée au 18 Brumaire. Le premier consul, qui cherchait à honorer par quelques noms populaires le nouvel ordre de choses, imagina de faire nommer par son Sénat le vieux grenadier membre du Corps législatif. Quelque simple qu’il parut, La Tour d’Auvergne n’était pas de ceux qu’on pouvait absorber ainsi. Il refusa modestement, sans faste et sans phrase : « Je ne sais pas faire les lois, dit-il ; je ne sais que les défendre. »

Le nouveau gouvernement voulait l’atteindre à tout prix. Le premier consul avait à cœur de montrer qu’il n’était nullement antipathique aux noms historiques de la vieille France. Le ministre de la guerre (c’était encore Carnot), toujours républicain de cœur sous la monarchie naissante, voulait honorer dans La Tour d’Auvergne l’héroïsme républicain. Il le nomma, sans